Thème 1 - L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales (1914 -1945).

Thème 1 - L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales (1914 -1945).

Problématique :

comment l’Europe a-t-elle été marquée par la guerre entre 1914 et 1945 ?

Thème 1 - L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales (1914-1945) :

• Civils et militaires dans la Première Guerre mondiale.

• Démocraties fragilisées et expériences totalitaires dans l’Europe de l’entre-deux-guerres.

• La Deuxième Guerre mondiale, une guerre d’anéantissement.

• La France défaite et occupée. Régime de Vichy, collaboration, Résistance.

Extrait du programme du cycle des approfondissements, BOEN n°11 du 26 novembre 2015.

Pourquoi enseigner le thème « L’Europe, un théâtre majeur des guerres totales (1914-1945) » en classe de Troisième ? L’intitulé du thème fournit des indications. Si l’insistance sur les deux guerres mondiales comme « guerres totales » et l’Europe comme « théâtre majeur », c’est-à-dire champ de bataille, impliquent un centrage militaire, les aspects politiques sont mis en avant par les deuxième et quatrième sous-thèmes consacrés aux régimes politiques européens dans l’entre deux-guerres et à la France de Vichy et de la Résistance. L’attention se porte également sur les individus et la guerre comme fait social, ainsi que sur la notion de crise (diplomatique, militaire, économique, politique, culturelle) et ses conséquences, notamment l’émergence des totalitarismes.

Problématique : comment l’Europe a-t-elle été marquée par la guerre entre 1914 et 1945 ?

On cherchera de manière prioritaire à faire comprendre à l’élève :

• que l’Europe, dans le cadre plus général des deux conflits mondiaux, a connu deux guerres immenses et rapprochées qui ont concerné toute la société, et on mettra en relief que la difficile recherche et la consolidation de la paix en Europe constituent une ligne directrice, d’autant plus que l’affirmation et la mise en œuvre du projet européen figurent parmi les sous-thèmes du thème 2 de la classe de Troisième ;

• que l’histoire des États démocratiques s’inscrit dans un contexte politique, diplomatique et militaire qui détermine pour partie leurs réactions et leur survie ;

• comment les génocides (arménien, juif et tzigane) ont pu se produire, en les replaçant dans un temps plus long que les deux conflits mondiaux et dans leurs contextes respectifs.

Ce thème permet de travailler différentes compétences, notamment : « pratiquer différents langages » et « s’informer dans le monde du numérique ». Sur les deux conflits mondiaux ainsi que sur les différents génocides, il existe nombre de ressources internet permettant d’aborder ces questions par divers biais : le témoignage, les parcours personnels, la mémoire, la photographie, les archives, etc. Il s’agira déjà, pour les élèves, d’utiliser les ressources numériques offertes par ces sites, éventuellement de réaliser des productions (comme des diaporamas) à partir d’elles, mais aussi de distinguer les divers niveaux de langage et d’analyse ainsi que les divers points de vue, ce qui relève de la compétence « analyser et comprendre un document ».

Quelle est la place du thème dans la scolarité ?

• Les guerres mondiales ont déjà été abordées au cours du cycle 3, en classe de CM2, dans le thème 3 intitulé « La France, des guerres mondiales à l’Union européenne », par le sous-thème « Deux guerres mondiales au vingtième siècle ». Il a été prévu que soient alors évoqués « la Résistance, la France combattante et la collaboration », ainsi que « le génocide des Juifs » et « les persécutions à l’encontre d’autres populations ».

• Au cycle 4, en classe de 3e , ce thème s’inscrit dans la continuité du thème 2 de la classe de 4e« l’Europe et le monde au XIXe siècle ». La guerre est le résultat des tensions évoquées alors, et la mort de masse est une conséquence des innovations industrielles.

• Au lycée.
- Dans la voie générale, en Première ES et L, le thème 2, « La guerre au XXe siècle » et le thème 3 « Genèse et affirmation des régimes totalitaires (soviétique, fasciste et nazi) » permettront de revenir sur ces questions et de les approfondir. Les allègements de programme du 5 novembre 2012 ont cependant supprimé du thème 3 « Les totalitarismes face aux démocraties dans les années 1930 ». Le programme de Première comporte un thème 2 intitulé « La guerre et les régimes totalitaires » abordant les deux guerres mondiales.
- Au lycée professionnel, le programme d’histoire de la classe préparatoire au CAP a pour quatrième sujet d’étude « Guerres et conflits en Europe au XXe siècle », le thème 4 de la classe de Première est intitulé « De l’État français à la IVe République (1940-1946) », et, en Terminale, les deux guerres mondiales sont abordées par le rôle qu’y ont joué les États-Unis dans le premier sujet d’étude, « Les États-Unis et le monde (1917-1989) ».
- En voie technologique, un sujet d’étude au choix en Première STD2A, STL et STI2D est intitulé « Vivre et mourir en temps de guerre », tandis que les programmes des Premières STMGet ST2Sprévoient, dans la partie « Guerre et paix (1914-1945) », d’aborder « L’Europe, un espace marqué par deux conflits mondiaux ».

Quels sont les points forts du thème pour l’enseignant ?

Ce thème permet d’aborder les questions majeures suivantes, dans des termes qui ne sont évidemment pas ceux dans lesquels on les posera en classe. Cette périodisation met en exergue l’exercice militaire et politique des violences de masse et pose la question de leur émergence : comment, dans la société occidentale, en est-on arrivé à de tels paroxysmes et par là, comment l’épreuve des guerres a-t-elle transformé les systèmes politiques, les sociétés et les individus ?

Les rivalités impériales (non seulement maritimes et coloniales, mais aussi liées aux politiques des empires russe et austro hongrois), les tensions nationalistes, la course aux armements provoquent la crise de 1914 et entrainent la dynamique de la guerre, une guerre industrielle qui prolonge le siècle du « progrès », mais dévoile le potentiel meurtrier des technologies et des idéologies nouvelles, et dans le contexte de laquelle des violences préexistantes se radicalisent, comme dans le cas du génocide arménien. Le conflit débouche sur un monde neuf partagé entre la volonté d’en finir avec la guerre par le droit (fondation de la Société Des Nations, pacte Briand-Kellog, mouvements pacifistes...) et celle des forces qui tentent de rompre à leur profit le fragile équilibre édifié par le traité de Versailles. De nouveaux modèles politiques sont animés par l’horizon d’une internationalisation rapide ou progressive de la révolution communiste (modèle soviétique) ou par une nouvelle vision des rapports de force en Europe : le régime fasciste formule dès 1926 l’idée d’une thalassocratie (pouvoir sur la mer) italienne en Méditerranée, l’Allemagne hitlérienne projette de rassembler les peuples germaniques pour asseoir une domination européenne dans une perspective ouvertement raciste. Les pays de l’Europe centrale et orientale basculent vers des régimes autoritaires dans les années trente, à l’exception de la Tchécoslovaquie.

Les États démocratiques paraissent moins bien armés face aux crises (politiques, militaires, économiques, morales) que les régimes totalitaires, et la France et le Royaume-Uni ne parviennent pas, désireuses qu’elles sont de préserver la paix, à empêcher le progrès des forces déstabilisatrices. Le Front populaire est à la fois le moment d’un réarmement moral fort face au danger fasciste et d’un réarmement militaire tardif face au danger allemand.

La guerre d’Espagne (1936-1939) sert de laboratoire et préfigure la Seconde Guerre mondiale, une guerre où les idéologies s’affrontent. La signature du pacte germano-soviétique, le 23 août 1939, sanctionne l’échec des diplomaties française et anglaise et rend la guerre pratiquement inévitable, Hitler ayant désormais les mains libres à l’Ouest. Déclarée le 3 septembre à la suite de l’agression allemande contre la Pologne, elle prend, avec l’attaque de l’URSS par Hitler le 22 juin 1941, la figure d’une « guerre d’anéantissement » sur le front de l’Est ; cette radicalisation est une des causes des génocides juif et tzigane.
Les États démocratiques connaissent cependant des renouveaux : la Première Guerre mondiale a généralisé par exemple le vote des femmes en Europe, à l’exception notable de la France. Elle a accru le rôle de l’État en matière économique et sociale, et installé davantage les syndicats dans le paysage démocratique. La réconciliation franco-allemande esquissée par Aristide Briand et Gustav Stresemann, première esquisse du dialogue franco-allemand d’après 1945, moteur de la construction européenne, se brise dans la crise des années trente. Certaines intuitions du Front populaire se retrouvent dans les idées de la Résistance, alors même que les valeurs républicaines sont battues en brèche par le régime de Vichy.

Comment mettre en œuvre le thème en classe ?

Utiliser la notion de crise comme un fil conducteur. La notion de crise sert de fil conducteur. Le programme indique qu’il s’agit de montrer « l’ampleur des crises que les sociétés françaises, européennes et mondiales ont traversées, mais aussi les mutations sociales et politiques que cela a pu engendrer ». Il est fondamental d’expliquer cette notion aux élèves. Le mot de « crise » vient à l’origine du vocabulaire médical, et désigne la phase la plus aiguë d’une maladie, qui se dénoue par la guérison, par la mort, ou par un mieux temporaire dans le cas d’une maladie chronique. Une crise diplomatique et militaire entraîne la Première Guerre mondiale qui constitue en elle-même une crise de l’Europe, marquée par un déchaînement de violence auquel fait écho la violence institutionnalisée et systématisée des régimes totalitaires. Le rôle de la crise économique de 1929 doit être souligné dans le basculement de l’Allemagne dans le nazisme. Il convient de mettre en place une progression chronologique continue pour ce thème, mais le concept de crise permet un tri événementiel et une mise en place globale.

Mettre en valeur l’unité du thème. Ces crises se nourrissent entre elles, et leur enchaînement peut guider la progression de la classe. Cependant, attention à ne pas développer une vision trop mécanique des choses : la crise de 1929, par exemple, n’est pas issue de la Grande Guerre, et il n’était pas écrit d’avance que la Première Guerre mondiale engendrerait la Seconde. Cette trentaine d’années peut cependant être caractérisée comme le temps des crises en chaîne. Le Front populaire constitue un point d’entrée privilégié pour le second moment d’une progression, car il permet à la fois d’inventorier ces crises et de montrer comment la démocratie française a tenté d’y répondre. Il permet de montrer que les réponses ont pu être limitées et parfois peu efficaces, mais aussi créatives et sources de progrès. Faire comprendre des phénomènes politiques nouveaux. La crise est un moment décisif. Elle est aussi un moment de transformation : on ne sort pas d’une crise comme on y est entré. Des convulsions de l’Europe, sortent le totalitarisme, mais aussi l’État providence théorisé par William Beveridge en 1942, reprenant les réflexions menées par Keynes à partir de la crise de 1929. De l’occupation en France, des errements de Vichy et de la collaboration sortent, par réaction, les projets de la Résistance étudiés dans le thème 3.

Les notions de guerre totale, de totalitarisme, de génocide, de guerre d’anéantissement devront être explicitées non pas comme des préalables, mais au fil de la progression du thème. Il conviendra de les interroger : plutôt que d’évoquer une guerre « totale », on montrera que la Première Guerre mondiale est en cours de totalisation ( différenciant les espaces et les moments de la guerre). Plutôt que de parler de « guerre d’anéantissement », on montrera l’interaction des fronts, la guerre sur mer, le conflit en Europe continentale qui, seul, répond partiellement à cette notion : c’est en effet au moment de la confrontation avec l’URSS que le projet complet d’anéantissement d’une nation et d’une idéologie entre dans les faits.

Principaux repères chronologiques à construire :

• 1914-1918 : Grande Guerre.
• 1917 : Révolution Russe.
• 1933-1945 : l’Allemagne d’Hitler .
• 1936 : Front populaire.
• 1939-1945 : Seconde Guerre mondiale.

Quelles sont les contributions du thème aux parcours et aux enseignements pratiques interdisciplinaires ?

L’étude des modes de propagande peut à la fois contribuer au parcours citoyen, ainsi qu’au parcours d’éducation artistique et culturelle (PEAC).

. EPI possibles :

• avec les Arts plastiques : art, communication politique et propagande (analyser et décoder une affiche : ex : l’Affiche rouge) ;
• avec les Langues vivantes : la guerre vue d’ailleurs...

Quels sont les écueils à éviter ?

• Aborder les sous-thèmes de manière fragmentée sans aborder le thème comme un ensemble.
• Considérer les années 1920 - 1930 comme une immense répétition en vue du second conflit mondial, sans y voir les politiques pacifistes, les premiers pas d’une société internationale structurée (la SDN) et la tentative de paix concertée.
• Ne pas évoquer les grands traits qui différencient les deux conflits mondiaux, l’interaction des fronts, la guerre maritime qui, seuls, rendent compte de la dimension mondiale des deux guerres.

• Appliquer le concept de « guerre d’anéantissement » à l’ensemble de la Seconde Guerre mondiale et oublier que le centrage sur l’Europe ne rend pas compte de l’ensemble des pays entraînés dans la guerre.

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