Thème 2 - L’Europe et le monde au XIXe siècle.

Thème 2 - L’Europe et le monde au XIXe siècle.

Problématique :

comment le décollage économique de l’Europe lui a-t-elle permis de dominer le monde ?

Thème 2 L’Europe et le monde au XIXe siècle.

• L’Europe et la Révolution industrielle.
• Conquêtes et sociétés coloniales.

Extrait du programme du cycle des approfondissements, BOEN n°11 du 26 novembre 2015

Pourquoi enseigner l’Europe et le monde au XIXe siècle en classe de Quatrième ?

Comme le thème 3 de la classe de cinquième et le thème 1 de la classe de quatrième, ce thème établit un lien entre les transformations de l’Europe et son ouverture sur le monde. Cet angle d’approche permet des croisements avec le programme de géographie, centré en quatrième sur le thème de la mondialisation. L’ordre des sous-thèmes proposé met l’accent sur le substrat économique de la domination européenne. La formulation du thème invite ainsi à pointer l’importance de l’économie et de la technologie dans la hiérarchie mondiale de l’époque contemporaine. Cependant, à côté des fondements de la puissance, la colonne « démarches et contenus d’enseignement » invite à prendre en compte ceux de l’instabilité : crises économiques et conflits sociaux, affrontements idéologiques et choc des nationalités, et à adopter, en partie par le biais de l’étude d’une société coloniale, un regard plus critique sur les effets de la domination européenne.

Problématique : comment le décollage économique de l’Europe lui a-t-elle permis de dominer le monde ?

On cherchera de manière prioritaire à faire comprendre à l’élève :
• que l’industrialisation de l’Europe a bouleversé les sociétés européennes et renforcé la domination européenne dans le monde ;
• que le poids et le dynamisme de l’économie, de la technologie et de la science sont une caractéristique du monde contemporain ;
• que le progrès économique ne supprime pas les sources de conflits ni les rivalités.

Ce thème permet en particulier de travailler la compétence « se repérer dans le temps » dans sa déclinaison « mettre en relation des faits d’une époque ou d’une période donnée », dans la mesure où il s’agit de comprendre la logique de la « société industrielle » (Auguste Comte) qui se met en place. On pourra également travailler particulièrement la compétence « Raisonner, justifier une démarche et des choix effectués » dans sa déclinaison « construire des hypothèses d’interprétation de phénomènes historiques ou géographiques » lorsqu’il s’agit de faire réfléchir les élèves sur les origines de la reprise de l’expansion coloniale qui aboutit à la colonisation des trois quarts de la planète.

Quelle est la place du thème dans la scolarité ?

• Au cycle 3, en classe de CM2, le thème 2 est consacré à « l’âge industriel en France », ce qui a permis une première approche du phénomène de l’industrialisation.
• Au lycée.
- Dans la voie générale et technologique, le programme de seconde aborde le sujet « Révolutions, libertés, nations, à l’aube de l’époque contemporaine » (thème 5 qui revient sur certains aspects politiques et sociaux de notre thème). En classe de 1ère ES/L, le thème 1 « Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXe siècle » le reprend en partie et le prolonge. Il est présent en thème introductif en 1ère S.
- En voie professionnelle, le programme préparatoire au CAP comprend un thème intitulé « Être ouvrier en France du XIXe au XXe siècle », que l’on retrouve en première en thème 1 : « Être ouvrier en France (1830-1975) ».

Quels sont les points forts du thème pour l’enseignant ?

Ce thème permet d’aborder les questions majeures suivantes, dans des termes qui ne sont évidemment pas ceux dans lesquels on les posera en classe. La « révolution industrielle » commence en Angleterre dans le dernier tiers du
XVIII siècle. Ce terme est aujourd’hui employé exclusivement pour l’Angleterre où les modifications de l’économie s’opérèrent à un rythme accéléré. On lui préfère celui « d’industrialisation » pour décrire le phénomène de montée de l’industrie dans les autres pays. Il est plus neutre quant au rythme des transformations de l’économie, qui peuvent être bien plus lentes et progressives qu’en Angleterre. Les caractéristiques de l’industrie sont bien connues : division du travail et effectifs importants de salariés (comme on le voyait déjà dans les manufactures), à laquelle s’ajoute la mécanisation. Le terme de « révolution industrielle » s’emploie encore cependant pour opposer « première révolution industrielle » et « seconde révolution industrielle », pour désigner les phases où se mettent en place de nouveaux éléments modifiant l’activité économique (énergie, technique, secteurs porteurs). On distingue ainsi la période de la première révolution industrielle, marquée par le charbon, le moteur à vapeur et les progrès de l’industrie textile et de la métallurgie du fer et, à partir des années 1870, celle de la seconde révolution industrielle marquée par l’électricité, le pétrole, le moteur à explosion, les progrès de la métallurgie de l’acier et de l’aluminium. Dans un contexte d’expansion sans précédent des échanges maritimes, le rôle de la finance et la concentration industrielle sont accrus par la seconde révolution industrielle. La crise de 1873, qui marque le début d’une longue phase de ralentissement de la croissance jusqu’en 1896, commence par une crise bancaire.

L’industrialisation a sa géographie : la France, le Nord de l’Italie et la Belgique (en Wallonie) s’industrialisent à partir des années 1820 et 1830, l’Allemagne et les États-Unis à partir du milieu du siècle, et l’après 1870 voit émerger de nouvelles puissances comme le Japon, ce qui, avec la croissance états-unienne, renforce l’importance de l’espace Pacifique. L’Angleterre perd son rang de première puissance industrielle dans les années 1880. Elle modifie les paysages, en particulier par la croissance des villes, inégale selon les régions européennes : la France reste jusqu’aux années 1930 un pays majoritairement rural, alors que l’Angleterre est majoritairement urbaine depuis 1851. Les régions qui ne se développent pas économiquement voient alors leurs habitants tenter l’aventure de l’émigration, comme en Irlande ou en Italie.

Le nouveau monde ouvrier connaît des conditions de vie et de travail extrêmement pénibles jusqu’au milieu du siècle, ce qui explique les révoltes ouvrières de 1848 en France. Par la suite, la condition ouvrière s’améliore lentement, avec de brusques dégradations dues aux crises économiques : cette condition ouvrière est marquée par l’insécurité sociale, le basculement dans la misère complète étant toujours possible du fait d’une maladie, d’un accident du travail, de naissances imprévues... C’est à cette insécurité que les États providence tenteront d’apporter une réponse au XXe siècle. Le travail des enfants recule à partir de la moitié du siècle, mais le travail des femmes est une réalité dans le monde ouvrier, surtout dans les branches les plus mal payées comme le textile. En France, elles représentent le tiers des ouvriers. Si la misère est encore forte dans les campagnes, c’est le sort des ouvriers que l’on a en vue lorsqu’on évoque « la question sociale ». Les premières lois sociales tentent d’apporter une réponse, tandis que l’Angleterre est pionnière dans l’essor d’un syndicalisme qui ne touche toutes les catégories d’ouvriers que dans les années 1880.

Le temps de l’industrialisation est aussi celui de l’affirmation des nationalités et des États-nations. Ainsi, l’unification nationale tardive de l’Allemagne et de l’Italie explique en partie leur immaturité impériale à la fin du XIXe siècle. C’est du mélange indissoluble du développement du capitalisme moderne, de la croissance des échanges et des enjeux maritimes et de la volonté de puissance des États que naissent l’impérialisme colonial et les rivalités qu’il entraîne. Les progrès technologiques de l’Europe lui fournissent une supériorité militaire et maritime considérable. Les États rivaux cherchent à la fois des conquêtes prestigieuses, des points d’appui stratégiques, des sources de matières premières et des débouchés. La conquête de l’Algérie par la France, commencée en 1830, doit asseoir son statut de puissance méditerranéenne, la relance de la colonisation dans les années 1880 doit alors beaucoup, pour les gouvernants français, à la volonté de redonner à une France humiliée par la défaite de 1870 des motifs de fierté nationale. Quand bien même les effets d’entraînement pour l’ensemble de l’économie ne semblent plus évidents aujourd’hui, il y a cependant bien des intérêts économiques en jeu. De même, l’idée de la « mission civilisatrice » chère à Jules Ferry a pu être prise au sérieux : on la retrouve également chez Victor Schoelcher, l’homme de l’abolition de l’esclavage, ou chez le Victor Hugo du « discours sur l’Afrique » de 1879.Les sociétés coloniales connaissent cependant une réalité bien différente, qui en font des témoins privilégiés de ce que certains historiens ont pu appeler la « première mondialisation », et que les géographes appellent la « deuxième mondialisation » (ce qui est plus opérant dans le cadre de notre programme). On les analyse désormais dans la lignée de la « situation coloniale » décrite par l’anthropologue Georges Balandier en 1951. Cette notion, qui est à la racine des études sur les sociétés coloniales, induit tous les rapports entre coloniaux et colonisés, qui ne se réduisent pas à une simple domination économique et culturelle, mais témoignent aussi de résistances et de contacts avec les élites locales qui préparent les futurs mouvements d’émancipation ;

Comment mettre en œuvre le thème en classe ?

Avoir une approche concrète de l’industrialisation et de ses conséquences.

Le centrage sur les acteurs recommandé par le programme pour l’ensemble de la classe de quatrième incite à partir du développement d’une entreprise. L’exemple canonique des usines Schneider du Creusot est bien documenté, mais on pourra utiliser, dans la mesure du possible, les exemples locaux ou des exemples européens comme celui de l’aciérie allemande Krupp. Suivre l’histoire d’une entreprise permet d’aborder à la fois la question des mutations techniques et celle des mutations sociales. Le choix d’une entreprise du secteur métallurgique permet une ouverture sur le développement européen du chemin de fer, afin de suivre le cheminement de l’industrialisation. On pourra ainsi partir de cette étude pour arriver à une cartographie du développement industriel et à la mise en place de la chronologie des deux « révolutions » industrielles. L’étude des gares et de leur impact permet également de montrer comment l’industrialisation transforme les villes mais modifie aussi la situation des campagnes.

Aborder les mutations politiques et culturelles.

L’année 1848 peut offrir une focale sur les grandes tendances de l’époque et notamment sur le mouvement des nationalités en Europe, avec les exemples de l’Allemagne, de l’Italie et de la Hongrie. Elle permet aussi de révéler l’ampleur des clivages sociaux : les journées de juin 1848 en France sont ainsi l’occasion d’ouvrir sur la condition ouvrière au XIXe siècle. 1848 est par ailleurs la dernière année de la grande famine irlandaise, qui a commencé en 1845 et accroît le mouvement d’émigration vers les États-Unis. Cette année 1848 est enfin celle où la France rejoint l’Angleterre en abolissant l’esclavage dans ses colonies. L’étude de la vie de Victor Schoelcher offre un grand intérêt, et permet de faire le lien entre abolition de l’esclavage, convictions républicaines et adhésion à l’idée de la « mission civilisatrice » de la
colonisation.

L’ouverture au monde de l’Europe est liée à ses progrès scientifiques  : l’étude de la vie de Charles Darwin en fournit une illustration particulièrement convaincante. L’expédition à laquelle il participa à bord du Beagle de 1831 à 1836 l’amena non seulement à poser les premières bases de sa célèbre théorie sur l’origine des espèces, mais aussi à visiter des colonies. Son Voyage du Beagle publié en 1839 consigne ses observations.

Aborder concrètement l’empire colonial français.

L’étude de l’empire colonial français doit être l’occasion d’une réflexion sur les motivations, à la fois politiques et économiques, de l’entreprise coloniale, menée à partir de l’étude des acteurs. L’action de Jules Ferry, comme celle de Joseph Gallieni à Madagascar ou d’Hubert Lyautey au Maroc, peuvent être présentées. Si la carte de l’empire colonial français permet de donner une vue d’ensemble, l’exemple développé d’une société coloniale, par exemple celle de Madagascar, doit permettre de donner une vue plus concrète de la domination coloniale et de ses effets dans divers domaines.

Principaux repères chronologiques à construire :

• Dernier tiers du XVIIIesiècle : débuts de la révolution industrielle en Angleterre
• 1848 : le « Printemps des peuples » / seconde abolition de l’esclavage en France
• Années 1870 : début de la « seconde révolution industrielle »
• 1870-1914 : « seconde mondialisation » et relance de la colonisation.
• 1900 : exposition universelle de Paris.

Quelles sont les contributions du thème aux parcours et aux enseignements pratiques interdisciplinaires ?

L’étude des représentations du monde colonial, ainsi que les manières dont il fut géré et ses divers héritages, s’inscrit dans le parcours citoyen à travers les questions du racisme, de la mémoire.

EPI possibles :
• avec les enseignements d’Anglais et de Sciences de la vie et de la Terre en partant du Voyage du Beagle de Darwin ;
• avec l’enseignement de Technologie (les énergies, l’innovation, les matériaux et leur usage).

Quels sont les écueils à éviter ?

• Faire un inventaire trop détaillé des progrès techniques.
• Raconter dans le détail la révolution de 1848 en perdant de vue la logique d’ensemble du thème.
• Ne pas donner aux acteurs individuels et collectifs une place suffisante.

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