Le thème défini à l’origine, « écriture fun », doit amener les élèves à une approche différente, plus ludique et concrète, de l’usage de l’écrit; inscrire cette compétence dans le cadre de la réalisation d’un projet a semblé le plus efficace pour motiver les élèves.

D’où le choix de leur proposer la réalisation d’un court métrage, qui implique des phases écrites mais aussi d’autres phases de travail utilisant d’autres savoirs-faire. Inscrire l’écriture dans un ensemble de compétences est une manière de donner du sens à un usage qui n’est pas évident du point de vue scolaire.

L’objectif de l’atelier est la réalisation d’un projet et la compétence d’appropriation des élèves est au cœur de la démarche; d’où, dans l’encadrement par l’enseignant, un souci de laisser un maximum d’éléments d’élaboration à leurs seules responsabilités, ce qui n’est pas sans poser des problèmes de rapidité, mais fonctionne tout de même quand l’encadrement est stimulant. Il faut en permanence fixer des mini-objectifs de travail, sinon les élèves peuvent se démobiliser en trouvant que la perspective attrayante de réalisation d’un film est par la suite limitée par les nombreuses tâches qu’impliquent sa réalisation.

Quatre séances de mise en place

L’objectif est bien que s’il y a réalisation à la fin de l’année, elle soit essentiellement le produit du travail des élèves. Même si le rendu terminal n’est pas parfaitement au point, même si l’on n’a pas atteint l’objectif de tournage, vu toutes les opérations qui le précèdent et sont longues à mettre en oeuvre, l’atelier offre de multiples possibilités de développement des compétences des élèves – et pas que des compétences écrites.

Séance 1 (1 heure) : prise de contact, discussion autour du thème « écriture fun » choisi pour cette année. Face aux risques de « défiance », choisir une proposition permettant de travailler l’écrit mais aussi d’autres choses, dans la perspective d’un projet, en l’occurence : un court-métrage. Ce qui enthousiasme tout le monde.

Séance 2 (2 heures) : discussion autour du projet de court -métrage – quel sujet ? Quel genre de film, drôle, sérieux, effrayant…? Discussion autour des nécessités d’organisation pour parvenir au bout d’un projet qui comporte de nombreux aspects. Des équipes se forment dès ce moment plus ou moins naturellement. Chacune de leurs côtés doivent réfléchir au « peech » du film, c’est à dire une présentation rapide qui donne envie de le faire et de le voir.

Séance 3 (1 heure) : élaboration du peech, avec reprise à l’écrit des travaux de la semaine précédente par les élèves puis mise en commun à l’oral, avec un élève qui prend note sur l’ordinateur relié au TNI.

Séance 4 (2 heures) : élaboration du « peech ». Début de la formation d’ateliers : scripts, personnages, effets spéciaux et costumes. Des équipes se forment naturellement par affinités, les filles d’un côté, elles-mêmes entre copines, les garçons de l’autre et les camarades de récréation entre eux, suivant leurs affinités, mais parfois l’attirance peut relever justement d’une différence de caractère. Ceci se produit quand on s’efforce de créer le maximum de liberté.

Exemple de distribution des rôles et des groupes

Un groupe de garçons poursuit la rédaction du « peech », rédige les scènes du scénario, les mets au propre sur l’ordinateur ou la tablette puis les fait imprimer au CDI.
Un autre groupe de garçons s’occupe des personnages, des effets spéciaux et de la fabrication d’objets pour le tournage (citrouilles…), les mets au propre sur l’ordinateur ou la tablette puis les fait imprimer au CDI.
Un groupe de filles s’occupe aussi des personnages, dessine des planches de costume, une partie du script et de la mise au propre des documents écrits sur ordinateur ou sur la tablette. Tout est potentiellement numérisable en cas de possession de tablettes.
Un deuxième groupe de filles s’occupe essentiellement du script. Elles font le lien avec le scénario en cours d’élaboration par le premier groupe de garçons, commentent les scènes en cours de mise au propre et amende ce qu’elles trouvent moins bons.
Toutes ces activités, selon la dynamique du groupe, peuvent être interchangeables et interchangées; quand le fonctionnement est optimum, les élèves se commentent, se corrigent eux-mêmes, passent d’un groupe à l’autre pour se conseiller, réutilisent spontanément leurs savoirs-faires extra-scolaires, en particulier en termes d’usage informatique et numérique (traitement de texte, montage et effets audio et vidéo).

Apprendre à jouer la comédie ou réemployer ses facilités (!)

Deux séances de formation théâtre, au cours desquels les élèves apprennent à gérer l’oeil du public ou de la caméra, utiliser leurs corps, leurs expressions, énoncer clairement un texte, à destination d’un public, rentrer dans la peau d’un personnage, etc. L’intérêt de cette partie de l’atelier est de créer une aisance qui fera gagner du temps au moment du tournage.

Il est utile – et amusant – de capturer de petites scènes vidéos et photos grâce aux tablettes numériques, pour que les élèves commencent, avant le tournage, à s’entraîner à leur utilisation, puissent se voir aussi en tant qu’acteur d’un oeil extérieur, s’habituer à leur image, etc – car certains ont une véritable angoisse de paraître, ce qui peut paraître normal à l’adolescence, mais dénote en fait d’un manque de confiance en soi dont ne souffrent pas, loin de là, tous les individus !

Le tournage et le montage du film

Prévoir au moins deux séances de tournage, donc un film dont la longueur n’excèdera pas les cinq à dix minutes. Pour cela, juger de la longueur du scénario et ne pas excéder les dix ou quinze scénettes. A priori, si on laisse les élèves totalement libres, ils produisent une histoire simple et courte – correspondant à leur âge et leur capacité de création, ce qui ne veut pas dire que le contenu n’est pas original.

Pour le tournage, répartir au préalable les rôles et le matériel (tablettes, caméra, appareil photo, micro – les tablettes pouvant remplacer les trois pièces de matériel précédent), qui peuvent être tournants – mais il faut pour cela bien organiser la discipline et la gestion du matériel.

Ne pas oublier de répartir les rôles des acteurs ! Dans l’idéal, tous les élèves acceptent de jouer dans le film – ce qui signifie qu’au moment de la réalisation de scènes collectives, l’enseignant devra possiblement tenir la tablette pour filmer, en s’appuyant, autant que possible sur les recommandations des élèves. En corrigeant aussi, comme d’habitude, ce qu’il sait n’être pas pertinent.

Les tablettes peuvent permettre de faire une foule de choses mais il est préférable d’en avoir plusieurs qui sont distribuées par le professeur aux élèves selon leurs demandes et leurs besoins, pour pouvoir faire plusieurs prises de vue, faire qu’un élève s’occupe de l’image, l’autre du son, le troisième des photographies, et éventuellement, pour chaque activité, des doublons qui assurent l’image, le son et la photographie en cas de défaut de sauvegarde.

La complexité d’un montage de film fait que les tablettes sont le support le plus pratique pour mettre en œuvre une telle opération, grâce à des logiciels simples et centralisés sur un même support. Prévoir au moins autant de séances de montage que de tournage.

Pour le montage, comme pour les étapes précédentes, il faut définir plusieurs ateliers, correspondant aux différents groupes d’affinités, sachant qu’à un moment ou à un autre ils devront mettre leur travail en commun. Un travail à géométrie variable donc, et qui une nouvelle fois nécessite l’orchestration du maximum de liberté pédagogique et de réalisation possible.

Type d’activités : transferts des scènes, découpage des meilleures parties à retenir pour le film, sélection de la musique, éventuellement travail sur le son s’il n’est pas suffisamment de qualité, sélection effet spéciaux, recherche de logiciels…

La description ci-dessus paraît complexe mais on peut aussi bien faire les choses beaucoup plus simplement, grâce aux tablettes qui permettent d’unifier les tâches. Par ailleurs, en fonction du temps, de la motivation des élèves, on ne pourra pas produire toujours la même qualité de projet, il faudra donc s’y adapter sans complexe, en songeant que c’est moins le résultat final (même si c’est important) que le développement de compétences en cours grâce à cet atelier au cours de l’année qui compte.