Le Croissant fertile, une notion qui a vécu ?

La plupart des cours, manuels et séquences concernant l’Orient ancien comportent cette notion de croissant fertile, souvent associée à une carte qui englobe la Mésopotamie et l’Égypte.
En réalité, dans l’espace qui est présenté comme fertile souvent avec une couleur verte sur les cartes, la culture des céréales n’a été rendue possible que par l’irrigation. Ce croissant n’est pas « fertile », par nature, mais grâce au travail des hommes. C’est l’irrigation, notamment à partir de canaux, qui a été rendue possible par l’utilisation du naphte, Jacques CONNAN Le bitume dans l’Antiquité
Errance, 2012, 269 pages, cartes, illustrations, 35 euros
http://clio-cr.clionautes.org/le-bitume-dans-l-antiquite.html#.U_28lWMbJU8
à partir des pétroles accessibles directement qui permettaient de réaliser l’étanchéité des réseaux d’irrigation.

Il n’est donc pas pertinent d’utiliser cette notion de « croissant fertile », mais il convient d’évoquer à la place : « zones cultivées ». Et cela permet d’évoquer le travail des hommes, l’organisation des états qui ont permis son organisation et l’utilisation des ressources, à la fois hydrauliques, mais également pétrolières.
Si croissant fertile il doit y avoir, celui-ci se situe sensiblement plus au Nord, dans des zones où les précipitations sont supérieures à 220 mm de pluie par an et qui permettent la culture de céréales sans irrigation.

Cela permet de montrer et inscrire dans la durée la permanence des activités humaines dans une zone qui est connue, au moins par les grands moyens d’information, par les élèves. Cela permet également d’inscrire nos enseignements dans une problématique globale, celle de la connaissance des sociétés humaines, en tenant compte des derniers développements de la recherche dans nos disciplines.

« Le Croissant fertile décrit un arc de cercle qui s’étend de la côte méditerranéenne aux monts Zagros et correspond actuellement à Israël, la Palestine, le Liban, la Syrie, le sud de la Turquie et le nord de l’Irak. Il suit à peu près l’isohyète des 250 mm de pluies par an, zone où la culture est possible sans irrigation »

Véronique Grandpierre, L’Orient ancien, mythes et histoire, Documentation photographique n° 8026, 2002, p. 1.


Précipitations annuelles au Proche-Orient (d’après van Zeist and Bottema 1991 : Fig. 3).

http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2007.arimura_m&part=124827

« Les recherches géologiques ont confirmé que la mise en valeur agricole de la Basse-Mésopotamie n’a pu être possible que grâce à la maîtrise et au développement de l’irrigation. L’agriculture a ainsi été importée du Croissant fertile, c’est-à-dire des plateaux et de la côte méditerranéenne, là où les pluies permettent une agriculture sèche. La plaine du Sud a vite comblé son retard au point de prendre le pas sur le Nord, bien avant l’apparition de l’écriture. »

Véronique Grandpierre, Histoire de la Mésopotamie, Folio Gallimard, 2010, p. 102, voir aussi pages 226 à 234.

Par ailleurs lors des Rendez vous de l’histoire de Blois en 2012 consacré aux Paysans l’auteur a donné une conférence et animé un atelier pédagogique sur la naissance et d’agriculture. Elle a expliquée la façon dont les céréales sauvages poussent seules et que les déserts d’Irak et d’Égypte ne sont peuvent être le lieu d’origine de l’agriculture. Elle a montré la différence entre une céréale sauvage et une céréale cultivée par l’homme, expliqué que n’est que dans un second temps lorsque la sélection des graines est réalisée et que les techniques d’irrigation sont maitrisées que les hommes cultivent dans les vallées, d’autant qu’en Mésopotamie la crue arrive après la récolte.

Bibliographie :

– Véronique GRANDPIERRE, Histoire de la Mésopotamie, Folio Gallimard, 2010, 514 pages, 12 euros. http://clio-cr.clionautes.org/histoire-de-la-mesopotamie.html#.U_27JWMbJU8
Cet ouvrage est facile à lire, accessible et donne beaucoup de références pour comprendre les civilisations de l’Orient ancien, au delà de la Mésopotamie.

– Claire MANEN, Thomas PERRIN, Jean GHUILAINE (dir), La transition néolithique en Méditerranée, Errance, Archives d’écologie préhistorique, 2014, 564 pages, illustrations en couleurs, 59 euros. http://clio-cr.clionautes.org/la-transition-neolithique-en-mediterranee.html#.U_27f2MbJU8
Il s’agit ici d’une présentation très pointue qui montre que cette notion de développement de l’agriculture est encore largement débattue.

Le « Croissant fertile ». Naissance, définition et usages d’un concept géohistorique
Vincent Capdepuy Publié dans L’Information géographique 2008/2 (Vol. 72) Éditeur
Armand Colin
http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=LIG_722_0089